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Interdev, Luce Ruault, septembre 2001.
Information
opérationnelle et production de connaissances : un enjeu de l'information
pour le développement
Le rôle des opérateurs privés et/ou non gouvernementaux
au niveau local (Ong, bureaux d'études, organisations de producteurs,
) dans les processus de développement s'est amplifié
ces dernières années. Ces acteurs se sont multipliés
et ils se professionnalisent progressivement.
- Ils doivent être
capables d'aller rechercher de l'information, que ce soit, de façon
pragmatique, pour réaliser leurs actions et répondre aux
besoins des populations qu'ils appuient, ou, de façon plus globale,
pour ne pas se situer en marge des enjeux de développement, des
politiques qui s'élaborent et pouvoir y contribuer.
- Inversement, ils
doivent pouvoir faire reconnaître leurs compétences et
donc valoriser leurs actions et leur savoir-faire. Ils doivent également
se placer en position de faire entendre les enjeux tels qu'ils les analysent
sur le terrain et donc développer leur capacité à
produire de l'information, à communiquer expériences et
acquis.
Pour ne pas refaire
ce qui a été expérimenté ailleurs, pour bénéficier
de références validées (ou des constats d'échec),
qui existent ailleurs, ces acteurs ont besoin d'accéder à
et d'échanger une information opérationnelle.
| Information
opérationnelle, c'est-à-dire, pratique, concrète,
capable d'appuyer la résolution des problèmes existants. |
| Le
caractère pratique des informations renvoie à la capacité
de celle-ci à aider les praticiens dans leur exercice professionnel. |
| Le
caractère concret et opérationnel renvoie pour sa part
à des références de techniques et de méthodes
telles qu'elles sont mises en uvre en situation réelle
dans des contextes similaires ou dans d'autres contextes. |

Les besoins des opérateurs de développement
La demande de ces acteurs n'est pas tant formulée en termes
de recherche sur tel ou tel sujet qu'en termes de réponse à
un problème rencontrée sur le terrain dans le cadre de leur
activité quotidienne : " Comment définir un projet
au niveau local ? ", " Qui a déjà procédé
à cette définition et comment prendre contact ? ",
" Quels ont été les résultats et les principales
difficultés rencontrées ? ", " Qui peut apporter
un appui technique ? ".
On se rapproche du besoin de disposer d'un panel d'informations synthétisées,
testées et validées, capable de mettre en perspective les
différents paramètres qui entrent en jeu dans la résolution
des problèmes dans un contexte donné et permettant aux acteurs
d'ouvrir leurs possibilités de choix et de mieux les maîtriser.
Une fois que l'on a affirmé ce postulat de l'information opérationnelle,
on en arrive très vite au besoin d'agir pour consolider et appuyer
la capacité des opérateurs de développement à
concevoir et gérer leur systèmes d'information.
Car l'information opérationnelle existe. Elle réside avant
tout dans l'expérience des acteurs eux-mêmes.
Collecter
l'information : les acteurs incontournables sont les opérateurs
de terrain parce que ce sont eux qui mènent les actions, qui les
appuient, qui peuvent les repérer,
Diffuser
l'information : les acteurs incontournables restent les opérateurs
parce que ce sont eux qui ont un contact direct avec les groupes de base
et les populations, développent une fonction d'appui-conseil et
mettent en uvre des projets.
En regard de
cela, la capacité réelle des opérateurs locaux
à collecter, gérer et communiquer des références
reste faible. Contrairement aux chercheurs, davantage rompus à
la systématisation des informations, le " public "
des opérateurs de développement est peu habitué
à ces modes de traitement et de mise en circulation de la connaissance.
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Un enjeu méthodologique
Si ce choix de l'information utile pour l'action peut être
aisément partagé, la définition précise des
modalités de traitement de celle-ci fait apparaître des visions
et des pratiques différentes. Comment rendre possible un véritable
échange d'expérience ? Comment faire en sorte que les connaissances
accumulées puissent devenir des outils pour l'action ?
On se heurte dans le traitement de l'information opérationnelle
à une série de questionnements méthodologiques :
- comment les praticiens
sont-ils à même de restituer eux-mêmes l'information
sur leurs pratiques ?
- comment analyser
de façon pertinente une expérience de façon à
la rendre accessible à d'autres acteurs ?
- quelles méthodes
d'analyse et de traitement de l'information permettent d'en faire des
connaissances réutilisables par d'autres dans des contextes différents
?
- comment gérer
et donner à voir cette connaissance par définition non
stable : les pratiques sont adaptées en permanence, les contextes
différent et évoluent, la confrontation de différents
points de vue est une condition nécessaire pour rendre l'information
opérationnelle.
- Le traitement
de cette information en devient très exigeant. Il ne s'agit pas
tant de restituer les résultats d'une expérience que d'en
analyser le déroulement, les contraintes de mise en uvre,
les oppositions et les conflits suscités. Dans cette mesure,
le système serait amené à privilégier les
difficultés plutôt que les succès, car ce sont bien
souvent des échecs que l'on tire le plus d'enseignements. Or,
c'est ce qui est le plus difficile à mettre en évidence,
pour différentes raisons : contraintes par rapport aux bailleurs,
stratégies d'alliance, oubli progressif des difficultés
lorsque le résultat final est probant, etc. Comment se donne
t-on les moyens de cette ambition ?
De plus, l'enjeu
réside dans la capacité à élaborer une méthodologie
communément validée permettant de documenter une expérience.
La constitution d'une culture commune est nécessaire à l'échange
d'expériences. Cette base est indispensable pour aider à
systématiser l'information relevant de la pratique quotidienne
afin qu'elle puisse être comparée et discutée. Sans
comparaison possible, il ne peut y avoir de connaissance partagée.
Si nous voulons agir de façon pérenne dans ce domaine, s'efforcer
de systématiser la collecte et la valorisation des expériences
par les praticiens eux-mêmes, il y a bien un enjeu d'élaboration
de mécanismes et de méthodologies qui puissent être
partagés. La façon dont chacun conçoit l'échange
d'expérience est ainsi un champ d'expérimentation en tant
que tel.

L'expérience
d'Interdev
Après quelques mois de capitalisation sur le service Interdev,
nous sommes amenés à tirer différents enseignements.
- l'analyse d'une
expérience conduit à revisiter les actions menées
pour prendre en considération ce qui concerne l'impact de l'action,
la dynamique de diffusion des résultats de l'expérience
(le contexte ou la description étant eux des éléments
mieux maîtrisés). Le plus difficile est bien de restituer
certains éléments qui sont au cur de l'échange
d'expériences et qui sont plus difficiles à prendre en
compte de façon concrète : enseignements, caractère
reproductible de l'expérience et changement d'échelle.
Nous estimons que c'est la prise en compte de ces éléments
qui permet réellement que l'information soit utiles à
d'autres. Cette exigence constitue un processus d'auto-formation pour
les opérateurs.
- Le constat qui
est fait est celui de la difficulté de la prise en compte de
ces éléments concernant les enseignements, ainsi que des
éléments clés déterminé comme un
des champs descriptif majeur de l'analyse d'une expérience. La
capacité à analyser ces aspects est inexistante si l'information
n'est pas issue d'un projet. Lorsque les fiches expériences sont
reliées à un projet mis en uvre par l'organisme,
ces éléments clés peuvent être collectés
car le projet permet d'avoir du recul d'une part, et suppose un processus
d'évaluation régulier sur les actions mises en uvre,
d'autre part.
Deux enseignements
majeurs sont ainsi tirés :
Dans
la mesure où l'analyse d'une expérience conduit son
auteur à " revisiter " l'expérience en question,
à aller rechercher les informations complémentaires
qui se révèlent indispensables à la compréhension
de ce qui a été mis en uvre et à la mesure
de l'impact des actions menées, une tel processus se révèle
un moyen d'auto-formation à l'évaluation et à
la recherche. Et en définitive comme un facteur de qualité
de l'action elle-même. L'enjeu est ainsi d'encourager la capitalisation
d'expériences comme forme d'auto-formation, de construction
d'un savoir pour les praticiens eux-mêmes.
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Il
est nécessaire d'intégrer les processus de gestion de
l'information sur les expériences aux démarches de mise
en uvre d'actions, dans les projets eux-mêmes. C'est-à-dire
budgétiser du temps pour se donner les moyens d'évaluer
régulièrement l'activité mené, engager
une démarche d'analyse des actions et de communication régulière
dés le début du projet, sans attendre les résultats
finaux. C'est à cette seule condition que les réseaux
et services d'échange d'expérience ont une chance :
- de collecter de l'information pertinente,
- de se pérenniser. Si le processus de capitaliser est intégré
dans le cadre même des activités menées et n'apparaît
comme une charge supplémentaire.
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